Article publié en mandarin par l’Agence centrale de presse de Taïwan (CNA). Traduction française fournie à titre de référence, uniquement pour échange avec les personnes interviewées.Version originale : cliquez ici.
Alors que la mobilisation des lycéens se poursuit en France, trois groupes se sont retrouvés dans un face-à-face tendu, le 3 novembre, devant un établissement scolaire du nord de Paris, au lendemain des vacances scolaires : des lycéens manifestants souhaitant bloquer l’entrée, des parents déterminés à permettre à leurs enfants mineurs d’aller en cours, et des policiers chargés de prévenir les affrontements. Les élèves souhaitant entrer dans l’établissement n’avaient d’autre choix que de se faufiler entre les rangs de manifestants.
Un parent a déclaré : « Je veux que mon fils aille au lycée, pas à la guerre. » De leur côté, les lycéens manifestants ont affirmé : « Beaucoup de nos camarades voulaient aussi participer au blocage, mais ils ont été contraints d’entrer dans l’établissement à cause de la présence de leurs parents. »
Située dans le 17e arrondissement, au nord de Paris, la Cité scolaire internationale Honoré-de-Balzac accueille des collégiens, des lycéens, des étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles ainsi que des adultes en formation continue. Elle compte près de 2 000 élèves et environ 250 enseignants.
Le 2 novembre, des lycéens manifestants avaient réussi à bloquer l’entrée de l’établissement à l’aide de poubelles et d’autres obstacles, empêchant les élèves d’y accéder, tandis que le personnel pouvait continuer à travailler. En réaction, des parents se sont mobilisés dès le 3 novembre. Afin de permettre aux élèves, dont les horaires du premier cours varient, d’entrer dans l’établissement, ils se sont organisés en roulements d’environ 30 personnes par heure, dès 7 heures du matin, face aux lycéens manifestants. Une quinzaine de policiers étaient également déployés dès 6 heures du matin pour maintenir l’ordre et éviter les affrontements.
Certains des lycéens manifestants sont eux-mêmes scolarisés dans cet établissement et pourraient même être des camarades de classe des enfants de ces parents.
Selon Le Parisien, le ministère français de l’Éducation nationale a indiqué que, le 2 novembre, au lendemain des vacances de la Toussaint (une période de congés scolaires comparable aux vacances autour de la fête de Qingming à Taïwan, qui s’étendaient cette année du 17 octobre au 1er novembre), des actions de protestation avaient eu lieu dans 41 lycées à travers le pays, soit environ 1 % des quelque 3 700 lycées français.
Une mère, présente devant l’établissement dès 7 h 30, a confié que son enfant, encore très jeune et scolarisé au collège, n’avait pas pu assister aux cours la veille en raison du blocage. Elle avait donc décidé de l’accompagner ce jour-là pour s’assurer qu’il puisse entrer dans l’établissement.
Dans la matinée du 3 novembre, les lycéens manifestants étaient bien plus nombreux que les parents et les policiers, mais aucune confrontation violente n’a été constatée sur place. Les élèves se tenaient devant l’entrée, écoutant du rap et discutant entre eux. Dès qu’un rassemblement devenait plus déterminé, la police intervenait immédiatement pour le disperser. De leur côté, les parents maintenaient un passage pour permettre aux élèves souhaitant assister aux cours de traverser la foule et d’entrer dans l’établissement.
La Cité scolaire internationale Honoré-de-Balzac se trouve à seulement sept kilomètres du lycée Paul-Éluard, qui avait participé aux premières actions de blocage fin septembre. Le premier est situé dans Paris intra-muros, tandis que le second se trouve en Seine-Saint-Denis, dans la banlieue nord de la capitale.
Un père, a expliqué que son fils, actuellement en classe de seconde, avait vu sa scolarité perturbée par les mobilisations depuis septembre. Avec les vacances de la Toussaint, cela faisait près d’un mois qu’il n’avait pas suivi les cours normalement. Selon lui, il était désormais temps de reprendre les études.
Il reconnaît que les lycéens ont des raisons légitimes de manifester, notamment au lycée Paul-Éluard, où les bâtiments sont vétustes, connaissent des infiltrations d’eau et souffrent même d’une importante présence de rats. Les élèves sont, selon lui, en droit de réclamer une amélioration de leurs conditions d’études. Il soutient également le droit des élèves de la Cité scolaire internationale Honoré-de-Balzac à manifester ou à faire grève, « mais ils ne peuvent pas bloquer l’établissement et empêcher les autres élèves d’aller en cours ».
Il reconnaît toutefois qu’à l’approche des élections, les promesses du gouvernement restent incertaines. Concernant Parcoursup, la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur vivement critiquée, le gouvernement a certes annoncé son remplacement en 2028. Mais lorsque son fils arrivera en terminale, rien ne garantit que la politique n’aura pas de nouveau changé.
Il estime que ces débats ne se résoudront pas comme par magie dans l’immédiat et compte faire entendre son opinion par les urnes. Cette semaine, il continuera également, dans la mesure où son travail le lui permet, à se relayer devant l’établissement, « parce que je veux que mon fils aille à l’école, pas à la guerre ».
Deux lycéennes de la Cité scolaire internationale Honoré-de-Balzac, qui manifestaient devant l’entrée, ont exprimé un point de vue différent lors d’un entretien avec CNA.
Selon elles, il s’agit d’une mobilisation nationale visant à soutenir les lycéens qui manquent de ressources éducatives, notamment dans les banlieues françaises et les départements d’outre-mer. Elles réclament également une augmentation du budget de l’Éducation nationale, une amélioration des emplois du temps jugés inadaptés, et dénoncent les violences policières subies par certains de leurs camarades lors des manifestations.
Elles désapprouvent l’organisation des parents qui se relaient devant l’établissement, soulignant que certains élèves souhaitaient eux aussi participer au blocage, mais avaient été contraints d’entrer en cours en raison de la présence de leurs parents.
« Ces parents n’arrêtent pas de nous mettre la pression, ce qui rend le blocage difficile à mener. Mais dans les prochains jours, nous poursuivrons nos actions pour que la mobilisation ne s’essouffle pas », ont-elles déclaré.